Banquet Bouchées Doubles

Arles, les Alyscamps, le 9 juin 2017
École nationale supérieure de la photographie
Banquet servi en ambigu pour 200 convives par
Fabien Vallos & Pauline Assathiany,
Manon Boyer, Julie Hrnčířová, Audrey Legerot,
Mickael Rava & Gaël Sillère

Hors d’œuvre

La tradition de la pensée occidentale a consisté à penser une étrange relation entre plaisir et consommation, puis ensuite une étrange différence dans la fondation du concept de plaisir. La langue grecque dit un hèdonè comme figure du plaisir et un kharis comme une autre figure du plaisir. Mais qu’elle est leur différence ? Le premier terme provient d’un autre mot èdus qui dit ce qui est doux et suave comme aliment, boisson, odeur, parole, son, image qui procèdent d’une « pénétration » de l’être. Cela suppose que ces éléments pénètrent et soit absorbés et consommés par le corps pour produire cette forme de plaisir. Il y a donc un plaisir comme consommation et absorption des éléments. En revanche le second terme provient d’une racine archaïque Car qui signifie « briller ». Dans ce cas l’élément (qu’il soit alors aliment, boisson, odeur, parole, son ou image) ne pénètre pas le corps de l’être, mais vient s’y réfléchir pour le faire briller. L’être charismatique est alors celui qui serait en mesure de prendre du plaisir sans consommation ni destruction d’aucun élément ni même sans pénétration de son propre corps. Il y aurait alors deux visées pour l’être comme plaisir, une visée hédoniste et une visée charismatique. Leur différence est à ce point fondamentale qu’elle change à la fois l’histoire métaphysique de la consommation des éléments du monde et l’histoire de l’appréhension des œuvres d’art. C’est alors une différence du concept de consommation, celle de l’absorption qui demande alors que nous soyons en mesure de garantir cette destruction (la possession) et d’une consommation comme non absorption qui demande que nous maintenions l’œuvre ou l’élément tel qu’il est, inchangé. C’est alors la différence entre une histoire de l’œuvre qui suppose une absorption de l’élément ou bien ce qui sera théorisé dans la pensée kantienne comme un plaisir désintéressé.

L’histoire de l’œuvre est alors systématiquement éloignée d’une histoire matérielle de l’être et du corps pour être tenue dans une histoire économique de la consommation. C’est cette crise qui est à l’heure dans l’histoire moderne de l’œuvre et qui est à l’œuvre dans l’histoire moderne des relations entre aliment en art, et dans l’histoire moderne de la représentation de la consommation. C’est à la fois ce qui se donne à voir dans chacune des six pages du présent journal et dans l’épreuve ouverte de la consommation, par plaisir, du banquet.

MENU

1. salade de poivrons

2. tzatziki à l’origan

3. carottes à la fleur d’oranger

4. olives

5. horiatiki salata

6. houmous

7. confit d’oignons à la fleur d’oranger

8. confit de poires, framboises et fenouil

9. tarama de poutargue

10. anchoïade de Crozes

11. salsa verde

12. salade de lentilles

13. ricotta fraiches aux herbes

14. œufs & 15. guindilles

16. morretum

17. bonites grillées

18. terrines de porc aux herbes & à la myrte

19. tomme de chèvre

20. amandes

21. salade d’oranges

22. yaourt grec

23. confitures de fraises & 24. confitures d’abricots

25. brioches & 26. tous les pains que l’on a pu trouver

27. fruits frais

28. Trimma

29. huile et citrons

Édition, impression offset d’un journal édité à 200 exemplaires.


Commanditaire : ENSP Arles
Dédicace : Christian L’Huillier & les diplômés 2017
Remerciements : Ville d’Arles, Rémy Fenzy, Philippe Guignard,
Mathieu Gardiola, Johann Villedieu
MMXVII
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