BANQUET XXXVI

UN BANQUET À LA CHASSAGNETTE

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Arnold van WESTERHOUT (1651-1725), Banquet du comte du Castlemaine pour Innocent XI, Rome, 1687

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Banquet XXXVI, servi à la Chassagnette pour 70 convives

Commanditaire : Armand Arnal et la Chassagnette

 Remerciements à cette fabuleuse équipe de la Chassagnette

Armand Arnal, Martine Babot, Julie Barbero, Damia Ben Ayed, Bastien Cathala, Thomas Chollet, Nathan Doumaux, Camille Dunan, Alexandre Escassut, David Godart, Mze Himidi, Albin Judde de Larivière, Christophe Landi Nathalie Lebret, Marilou Lemen, Renaud Lesage, Clémence Loubeau, Marcela Malaver, Benoît Mazoyer, Cynthia Sanchez, Kai Taniguchi, Florent Thiebaut, Geoffrey Vergnet

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Chaque banquet est réalisé avec des non professionnels, des amis ou des bénévoles. Pour la première fois, celui de la Chassagnette, est réalisé avec des professionnels, avec les remarquables cuisinières et cuisiniers de l’équipe d’Armand Arnal. Faire des banquets comme pratique artistique suppose, depuis le début, une réflexion sur les questions du service et de la consommation. Les banquets se tiennent dans les musées ou chez les collectionneurs, de sorte de venir, toujours, penser la question du service et du travail et la question de la dépense. Lors des banquets celles et ceux qui ont œuvré se mettent à table et suspendent tout dispositif lié à l’obligation du service. Lors des banquets la dépense engagée pour la réalisation ou l’acquisition d’une œuvre pérenne, est transposée en aliments et en boissons et est offerte à la consommation et la destruction. 

La Banquet XXXVI est une exception, puisqu’il a lieu dans un restaurant étoilé et qu’il maintient les dispositifs de préparation et de service. Il est donc une sorte de parenthèse, un suspens, où viennent se jouer d’autres questions. D’abord celle de l’amitié qui consiste à faire entrer un amateur chez des professionnels et qui consiste à faire partager ce qui est le lieu propre de l’amateur, ou plutôt le lieu propre de ce que les latins nommaient un amator, à savoir, celui ou celle qui par affection « débauche », ou « déplace » les enjeux sérieux du travail. Qu’est-ce qui se fait donc par affection ? Qu’est-ce qui suppose que je respecte leur savoir-faire et qu’ils acceptent la propre porosité du mien ? C’est donc que nos savoirs techniques ne sont pas égaux et qu’il faut les partager mais surtout qu’il faut offrir une confiance entière à ce que les mains de l’autre portent. C’est donc qu’il doit y avoir un autre lieu, une autre espace d’un partage qui fonde cette « affection ». Il semble alors que ce soit, par-delà la technique, une question d’affection pour le « goût ». Il semble qu’il s’agisse singulièrement d’un problème de « philosophie du goût », d’un problème d’interprétation de la gradualité infinie de nos goûts. C’est une problématique qui arque la pensée moderne depuis la question de l’échelonnement du goût chez Brillat-Savarin, Roland Barthes ou encore Olivier Assouly. 

Mais que serait une philosophie du goût ? Un modèle de pensée qui permettrait d’interpréter le partage d’un sensible, autant que la problématique de la nutrition, du prélèvement, de la saisie, de la jouissance et de la consommation. En somme un modèle qui viendrait nous aider à penser les problèmes de métaphysique. C’est donc cela qui se joue dans le Banquet XXXVI, une histoire de goût, une histoire de philosophie du goût comme expérience performative d’un sensible, pour chacune et chacun d’entre nous. Ceux qui ont jubilatoirement « entassé » les plats dans la longue liste du menu, celles et ceux qui partagent la réalisation et la préparation, celles et ceux qui conçoivent le balai et la chorégraphie infinie des plats qui viennent et qui repartent, celles et ceux qui « jouiront » de ces plats, celles et ceux qui en formeront des mémoires et des désirs. 

L’idée du Banquet XXXVI, a commencé avec une discussion autour du Midi de la France (1841) d’Alexandre Dumas. Le banquet se conçoit comme un voyage qui prendrait acte du tour de Méditerranée, réalisé par Dumas entre 1841 à 1859. Nous avons imaginé un menu en 25 services, avec les produits locaux de la Camargue et de la Provence et quelques souvenirs d’un voyage en Méditerranée. Le banquet est accompagné d’un livret qui rassemble une vingtaine de textes autour du goût et de l’alimentation. Le Banquet XXXVI est servi à la française en ambigu et à la russe pour 70 convives. 

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© Charlotte Terrier
© Charlotte Terrier
© Charlotte Terrier
© Charlotte Terrier
© Charlotte Terrier
© Charlotte Terrier