Bathmos
01 PRÉSENTATION
Bathmos est un projet de recherche et une table réalisés dans le cadre d’une résidence du Musée des arts décoratifs au Musée Nissim de Camondo en juin 2026.
Il s’agit d’une recherche sur les relations entre pratiques artistiques, pratiques alimentaires, théories du goût et de l’alimentation et métaphysique de la consommation.
Il s’agit de structurer une première résidence à partir de l’exposition Une journée au xviiie. Chronique d’un hôtel particulier. Pour cela nous proposons une réflexion sur les questions du goût et de l’émergence de la subjectivité et de la transcendance. L’expérience du goût et son intensité sont les signes d’une modernité que nous voudrions lire à partir des théories de l’échelonnement du goût, c’est-à-dire de la bathmologie (Roland Barthes, Lecture de Brillat-Savarin, 1975).
Il s’agit d’organiser le 3 juin 2026, au Musée Nissim de Camondo, Bathmos (séminaire) rassemblant philosophes, artistes, historiennes et historiens autour de ces questions.
Il s’agit de réaliser avec Dieudonné Cartier, Bathmos (table) pour 33 convives dévoilée le 3 juin pour un séminaire et le 5 juin pour un premier banquet. Bathmos (table) contient des vitrines, des présentoirs, des cartels et des archives qui en font une table de recherche, une table d’exposition et une table de banquet. Les vitrines contiennent objets et œuvres qui permettent de penser les questions du goût au xviiie siècle. Cette sculpture sera modifiée et augmentée à chaque résidence pour devenir l’objet central d’un projet d’exposition sur les relations arts et alimentation.
Il s’agit enfin, de préparer un travail de recherche sur ces relations, ainsi qu’un ouvrage théorique sur les relations aliment & élément.
Bathmos (séminaire I) se tient le 3 juin et Bathmos (banquet LXIII) se tient le 5 juin 2026 au Musée Nissim de Camondo autour de Bathmos (table) conçue avec l’artiste Dieudonné Cartier et avec les œuvres de Noémi Koxarakis et Marc Buchy.
Bathmos (projet de recherche), 2026
Bathmos (séminaire I), 2026
Bathmos (banquet LXIII), 2026
Bathmos (table), 2026
Bathmos (essai), 2026
02 INTRODUCTION
Le xviiie siècle est complexe parce qu’il est, non pas une synthèse, mais une tension forte entre une première modernité dont la forme achevée est le baroque et la grande modernité dont la teneur est l’affirmation d’une subjectivité transcendante. Pour le dire autrement, le xviiie siècle est à la fois l’expérience d’une représentation du monde comme une forme close qui va de plis en plis à l’infini (Deleuze, 1985) et qu’on appelle la fonction baroque (d’Ors, 1936) à celle d’une affirmation de la singularité qui se fonde comme expérience du goût et de la volonté (Kant, 1790) à celle d’une conscience malheureuse (Hegel, 1807) comme compréhension de la dépendance (Balzac, 1838).
L’enjeu du travail est multiple : 1. analyser les relations entre modernité, goût et déploiement infini de modalités de production des objets, au xviiie siècle qui viennent alors accompagner les modalités addictives et subjectives ; 2. analyser en quoi ce que Balzac appelle les « excitants modernes » (alcool, sucre, thé, café, tabac) ont profondément marqué l’histoire de la modernité et de la subjectivité ; 3. tenter de proposer une analyse du concept de bathmos et d’échelonnement du goût (que Barthes nomme « bathmologie ») et proposer une lecture du concept de goût au xviiie. Nous proposerons une lecture de ce qui se nomme philosophie du goût (Assouly, 2019) ; 4. enfin comprendre ce que cela implique sur nos modes d’existence, autrement dit sur ce que nous nommons modernité (est moderne celle ou celui qui saisit les changements de modalités d’existence mais aussi celle ou celui qui saisit les modalités de préférence) et ce que nous nommons diéténomie (gestions des modes d’existence). Nous aimerions pouvoir proposer lors de ce premier séminaire un apport à la philosophie du goût à partir d’une théorisation du concept de préférence (au sens de manifester et d’adresser un « aimer mieux »).
SOURCES
Honoré de Balzac, Traité des excitants modernes, 1838
Roland Barthes, Lecture de Brillat-Savarin, 1975
Musonius Rufus, Peri Trophès, Ier siècle